Isidore et Germaine.

Commandes




Rejeton de Bacchus, c’eût été complaisance
Que de lui conférer, comme à son digne père,
Les divins attributs de la magnificence,
De le croire sorti de la cuisse de Jupiter
Car il n’y avait pas la moindre ressemblance !

Comme Isidore avait pour le jus de la treille
Plus qu’une inclination, un penchant prononcé,
Qu’il sacrifiait au culte de la dive bouteille,
Plutôt raisin que figue, il rentrait éméché
Et la trogne luisante… Ah ! ce sacré soleil !
         

Or s’il avait avec le céleste nectar
Partie liée par des vœux, mais en rien d’abstinence,
S’il le biberonnait du matin jusqu’au soir,
Que du soir au matin pionçait d’indifférence,
Sa Germaine excédée était au désespoir :
 
Non point qu’elle fût aigrie de quelconque façon
Par les abus d’alcool où sombrait son bonhomme
Mais devant ses appas, tomber en pâmoison
Lui eût semblé, ma foi, devoir de gentilhomme
Fût-ce pour soulager ses ardeurs à raison.


Par tant de nonchalance dépitée, la Germaine,
Plantant là son époux plus bon qu’en beuverie,
Voiles au vent, s’en alla courir la prétentaine,
Déployant tout son art et sans minauderies,
Persuadée de compter quelques menues fredaines…

Dispersant ses faveurs au gré des quatre vents
Et frappant dans les cœurs, aguichant le barbon,
On ne voyait plus qu’elle, et toujours poursuivant
L’hypothétique amant qui, lui, trouverait bon
Jusqu’au septième ciel, de prendre les devants…


Elle eut beau parader, de ses pauvres vestiges
Pas un seul ne voulut : même en fermant les châsses,
Elle donnait des angoisses plutôt que le vertige !
Hélas, hélas, hélas ! Hélas, trois fois hélas,
Car dessous son jupon… c’était plutôt en friche !

Subissant le fardeau de son accablement,
Convaincue — non sans peine — de son manque d’attraits,
Sa déception fut telle, tel son ressentiment
Que sur tant d’injustice enfin tirant un trait,
Elle se rabattit sur le jus du sarment !


C’est depuis ce jour-là qu’Isidore et Germaine,
Ainsi réconciliés, pas jaloux pour un sou,
Bras dessus, bras dessous, vont la sainte semaine
Courir les mastroquets, autant joyeux que saouls,
L’union sacrée levant le coude à leur hymen…





Copyright © Jacques Goudeaux - mars 1984 / Dépôt SACEM : 2019



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