Les pets

Commandes


(introduction d'après un poète anonyme du 18e siècle)



Il est un invisible corps
Qui de bas lieu tire son être
Et qui jamais ne fait connaître
Ni qui il est ni d’où il sort
Voilà mission fort émérite
Que d’en vanter tous les bienfaits
Que d’en poser tous les mérites
Et d’en constater les effets



Ces exhalaisons de tout bord
Sulfureuses et souveraines
Intestines qui se promènent
Dans l’alambic de notre corps
Il en existe tant d’espèces
D’une infinie diversité
Que je ne puis et le confesse
Chacune vous les présenter



S’il est de fort délicats
Avec un vrai bruit de tonnerre
En guise d’entrée en matière
D’autres s’annoncent avec fracas
Le pet brutal à la hussarde
Plein de vigueur et bien au chaud
Coup de boutoir force et bombarde
L’huis de son ténébreux cachot.



Le pet guerrier monte à l’assaut
Friand d’espace et de conquêtes
Avec l’éclat d’une trompette
Sonnant la charge in extenso
Le pet douceâtre à voix plaintive
En un soupir organisé
Jamais ne prend l’initiative
Restant timide et réservé



Comme une phrase entrecoupée
Par d’imperceptibles virgules
Le pet musical se module
En des reprises nuancées
Avec ses traces de freinage
Celui bien ventru du routier
Ou qui parfume le potage
Le pet gourmand du cuisinier



Douce haleine aux dépens d’autrui
Le pet honteux lui n’est qu’un souffle
Traître en soi mais qui se camoufle
Et qui ne fait le moindre bruit
Le pet confit lui nous allège
Longtemps macéré puis lâché
En outre il fortifie le linge
Feu d’artifice empanaché



Pour affiner notre odorat
Sachons en toute circonstance
Tirer profit des flatulences
De quelque ordre qu’il nous plaira
Et répandant un florilège
Plaignons tous les enchifrenés
En usant de ce privilège
Pour mieux nous dégager le nez




Copyright ©Jacques Goudeaux - février 2003 / Dépôt SACEM 2004




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