François Villon.





Poème de Louis Pergaud.
Commandes



Le triste, le méchant, le joyeux et le fou,
Je t’évoque, Villon, maudit d’un autre temps,
Dont les rythmes, comme un éclair éblouissant,
Des cieux du Moyen Âge ont strié l’azur flou.

Galle parmi les rues après le couvre-feu
Pour festoyer ensuite à la Pomme de Pin,
Ta bohème commence et de nonchaloir plein,
Chante le Pet au Diable et Tabarie le Gueux.

Va-t’en par les chemins détrousser les marchands
Coquillard éhonté et pauvre de chevance ;
Va ! pauvre gueux honni, rythmer dans ta souffrance
Ta profonde nostalgie des neiges d’antan.

Mais la Coquille est morte et tous les gais compaings
Sont jetés dans les puits, pendus ou échaudés
Et par l’azur noirci des beaux soirs étoilés,
L’Errant demande grâce en dérobant son pain.

Rentre à Paris, Villon, jouer au Trou Perrette,
Léandre renié de Rose ou Catherine,
Et sur un rythme cher, chanter ces gourgandines,
Lourdes d’âmes d’amour de ton coeur de poète.

Fuis les cours où tu dois plier comme un roseau
Car aucun des puissants ne se souciera mie
De Villon expiant les fautes de sa vie
En l’humide nuit des cachots de Montpipeau.

Puis sois libre ! voici l’avènement du roy ;
Comme une aube plus blanche après un mauvais rêve,
Sentant couler en toi l’émoi des vertes sèves,
Note une autre nuance aux symphonies du moi.

Va, plein de clair de lune et du frôlis des vents
L’âme meurtrie à tous les cailloux de la vie
Tisser avec le fil de ton coeur en charpie
Aux trames de misère un poème vibrant.

Et superbe, maudit, faible, triste et pervers,
Incompris des puissants qui t’ont drapé de crime,
T’éteindre à Saint-Benoît, méprisé, pauvre, infime :
Les aubes sont à naître où fleuriront tes vers…

Que les grands aient chargé ce génial vagabond
Parce qu’il fut goupil en un siècle de loups,
J’aime à travers les temps mon grand frère Villon,
Le triste, le méchant, le joyeux et le fou !




Musique / Copyright Jacques Goudeaux 1990 / Dépôt légal SACEM 1998




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